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Economie financière : stabilisation du cadre macroéconomique, Matata Ponyo crève l’abcès sur RFI

Economie financière : stabilisation du cadre macroéconomique, Matata Ponyo crève l’abcès sur RFI

« Quelle est la vraie cause du retard économique de la république démocratique du Congo ?Ce n’est ni le climat tropical, ni le poids des traditions culturelles de ce que l’on appelle la malédiction des ressources naturelles ! » Mr. Augustin Matata Ponyo Mapon.( Honorable député national de la législature en cours. Premier ministre de 2012 à 2016 et Ministre des Finances honoraires de la RDC.)Auteur du livre ‘’ Economie politique des malédictions du développement’’.RFI ( Christophe Boisbouvier): Vous venez de publier, avec Jean-paul Tsatsa, un livre dans lequel vous partez en guerre contre les idées reçues sur le sous-développement. Quelles sont ces idées reçues ?Augustin Matata Ponyo : La première théorie essaye d’expliquer la relation qui existe entre le climat et le développement ; et ce que nous avons qualifié de la malédiction de l’explication du sous-développement par le climat tropical.RFI : C’est une fausse explication !AMP : Cette thèse, pour nous, n’est pas suffisante. Elle paraît cohérente mais, nous la classons comme étant une analyse qui n’est très approfondie. Pourquoi ? Parce que nous voyons, par exemple, en ce qui concerne les pays à climat tropical ; il y en a qui sont très avancés ! Le Brésil, par exemple…RFI : Deuxième explication possible du sous-développement, dites-vous, le binôme culture-race !?AMP : Là aussi, il y a des études théoriques et empiriques qui affirment que la culture et la race peuvent expliquer le sous-développement mais, nous prenons le cas des deux Corées : La Corée du nord et la Corée du sud, deux pays qui ont la même culture et qui ont la même race mais, la Corée du sud est, de loin, plus avancée que la Corée du nord.

RFI : Troisième explication possible du sous-développement, dites-vous, la malédiction des ressources naturelles mais, là aussi, vous n’y croyez pas ?!AMP : Non ! Parce que ce que l’on appelle ‘’ le paradoxe de l’abondance’’, c’est-à-dire que les ressources naturelles peuvent expliquer certains sous développements comme la RDC qui est un exemple typique mais, laissez-moi vous dire qu’il y a beaucoup de pays qui ont des ressources naturelles comme le Botswana qui sont avancés. Si nous montons au nord, vous avez la Norvège, les Etats-Unis aussi ont les ressources, le Canada mais, ces pays ne sont pas pour autant sous-développés !RFI : Alors, quelle est, d’après vous, la vraie cause du sous-développement d’un pays comme le vôtre ?AMP : Les vraies causes : Nous avons les malédictions des institutions et les malédictions de Leadership, parce que les institutions de qualité expliquent le progrès et le développement. RFI : C’est ce que disait Barack Obama dans un célèbre discours au Ghana : « L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais d’institutions fortes ! »AMP : Des institutions fortes ! Et les institutions de faible qualité entrainent le sous-développement, et les institutions de qualité, celles dont a parlé Obama, favorisent la bonne gouvernance, l’état de droit, la promotion du secteur privé mais, la malédiction du Leadership, c’est celle qui explique la malédiction des institutions. Pourquoi ? Parce que les institutions sont créées par les hommes. RFI : Donc, vous allez plus loin qu’Obama. Vous dites qu’il ne peut pas y avoir de bonnes institutions sans de bons leaders !AMP : Effectivement ! Parce qu’avec le temps, le Leadership n’a plus la même vigueur ; donc, ce sont les hommes qui produisent les bonnes institutions, qui les consolident et qui les solidifient.RFI : Y a-t-il eu, dans l’histoire de votre pays, la république démocratique du Congo, des leaders compétents ?AMP : Bon ! Ecoutez ! Dans ce livre, d’ailleurs, nous essayons de démontrer qu’entre 2012 et 2016, j’ai été Premier ministre sur un leadership de qualité qui a permis de pouvoir produire des institutions de qualité qui ont permis d’avoir un taux de croissance moyen sur 5 ans de 7, 7 % contre une moyenne de 3,5 pour l’ensemble du continent africain.RFI : Et en dehors de vous-même, Matata Ponyo Mapon, y a-t-il eu dans l’histoire du Congo un premier ministre, voire un président compétent ?AMP : Bon ! Bien sûr ! Le premier ministre Lumumba, je crois que c’est un homme de Valeur.

RFI : L’une des conditions d’un bon leadership, Matata Ponyo Mapon, c’est dites-vous, l’intégrité, le refus de toute corruption or, vous-même, vous êtes accusé, en ce moment, par la justice congolaise, d’être impliqué dans le détournement de quelques 115 millions d’euros d’argent public ; c’était lors du lancement du parc agro-industriel de Bukanga Lonzo, à l’époque, vous étiez le premier ministre du président Kabila. Le procès doit s’ouvrir à Kinshasa le 22 juillet. Qu’est-ce que vous répondez à vos accusateurs ?AMP : Bon ! Ecoutez ! Les leaders se créent des ennemis et des adversaires farouches. Tout le monde le sait que, pour souci de bonne gouvernance, nous avions confié ce projet, dans un partenariat public-privé, à une entreprise professionnelle sud-africaine, qui a reconnu avoir reçu tous les fonds et qui a témoigné par écrit n’avoir remis aucun dollar à quelqu’un du gouvernement congolais et, encore moins au premier ministre ! Pour votre information, ce procès est plutôt politique, pour avoir refusé d’intégrer l’Union Sacrée, c’est-à-dire d’approcher la famille présidentielle, on m’a promis le procès.RFI : Et si ce procès s’ouvre comme prévu le 22 juillet, vous serez présent au tribunal ? AMP : Mais, je n’ai jamais fui ; ça fait trois ans que ce procès m’est intenté. L’exil m’a été offert, j’ai refusé de m’exiler donc, je serai dans mon pays. Bon, j’espère que ces poursuites vont pouvoir s’arrêter parce que la raison principale c’était que j’ai refusé d’intégrer l’Union Sacrée. Le président a été élu. Je crois que ce feuilleton de mauvaise augure va pouvoir s’arrêter.RFI : Matata Ponyo Mapon, merci.

Olympus Médias RDC ( Interview recueillie sur RFI).

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