Énergie durable et entrepreneuriat en RDC : Soutenance d’une thèse de doctorat à l’UPN, la professeure Marie Nyange Ndambo dans le jury.
La soutenance de doctorat de Zabudi Tansel Paulin, organisée le 16 septembre 2026 à l’Université pédagogique nationale (UPN), a donné lieu à un échange de fond sur le rôle de l’énergie dans le développement de l’entrepreneuriat et la croissance économique en République démocratique du Congo. Membre du jury, la professeure Marie Nyange Ndambo a notamment invité le candidat à dépasser le seul déficit énergétique pour explorer les autres facteurs qui déterminent la dynamique entrepreneuriale et la croissance endogène du pays.

L’énergie peut-elle, à elle seule, provoquer l’entrepreneuriat et la croissance économique en République démocratique du Congo ? C’est l’une des principales questions qui ont traversé la soutenance de thèse de Zabudi Tansel Paulin, tenue le 16 septembre 2026 à l’Université pédagogique nationale.
Intitulée « Gouvernance stratégique des énergies durables et performance de l’économie entrepreneuriale en République démocratique du Congo : vers un modèle stratégique intégré de la croissance économique », la thèse s’intéresse aux liens entre la gouvernance des énergies durables, le développement des entreprises et la croissance économique.
Le candidat a notamment étudié le potentiel de l’hydroélectricité, de l’énergie solaire et de la biomasse moderne pour soutenir les petites et moyennes entreprises, les initiatives locales et une croissance économique plus inclusive.

Dans un pays où l’accès à une énergie fiable demeure un défi pour de nombreux ménages et opérateurs économiques, le sujet revêt une importance particulière. Les insuffisances dans la production, le transport et la distribution de l’électricité constituent en effet l’une des contraintes régulièrement évoquées lorsqu’il est question de développement des activités productives.
Mais pour Marie Nyange Ndambo, professeure des universités et membre du jury, la réflexion scientifique devait aller plus loin. L’énergie ne suffit pas à expliquer l’entrepreneuriat. Au cours de la soutenance, la professeure Marie Nyange Ndambo a interrogé le candidat sur le lien entre disponibilité de l’énergie et développement de l’entrepreneuriat. Elle s’est notamment appuyée sur l’exemple du Katanga, grande région minière, pour questionner les effets économiques des choix historiques en matière de distribution de l’énergie.
« Si vous avez comparé, lorsque vous allez au Katanga, qui est une grande zone minière, vous allez vous rendre compte qu’Inga (barrage) a été construit principalement pour desservir le Katanga et on a transporté cette énergie jusqu’au Katanga en laissant le grand Bandundu et le grand Kasaï dans le noir. Mais arrivé au Katanga, vous allez voir que tout tourne principalement autour des mines. Pourquoi cette énergie n’a-t-elle pas servi d’autres secteurs ? Est-ce qu’on peut dire que c’est le manque d’énergie qui fait que les gens n’entreprennent pas ? »

À travers cette interrogation, la professeure a déplacé le débat de la simple disponibilité de l’électricité vers son utilisation économique, sa répartition et les secteurs qui en bénéficient. La question posée au doctorant revient à s’interroger sur la capacité d’une infrastructure énergétique à produire des effets économiques au-delà du secteur directement alimenté. Une région peut disposer d’une importante source d’énergie sans pour autant parvenir à diversifier suffisamment son tissu entrepreneurial. L’énergie crée des possibilités, mais elle doit être accompagnée d’autres conditions permettant aux entreprises de naître, de fonctionner et de se développer.

« En tant qu’économiste, je sais que parmi les infrastructures de base qui provoquent la croissance, l’énergie et l’air sont les éléments majeurs », a expliqué Marie Nyange Ndambo, avant d’appeler le candidat à approfondir son analyse.
« Mais au niveau de thèse de doctorat, nous avons besoin d’aller au-delà du constat, pousser la réflexion plus loin pour aller chercher les éléments qui déterminent l’entrepreneuriat. Parce que celui-ci induit la croissance économique. »
Cette remarque ouvre la réflexion sur plusieurs autres déterminants de l’activité entrepreneuriale : l’accès au financement, la qualité des infrastructures, la formation, la fiscalité, la stabilité réglementaire, l’accès aux marchés, les compétences techniques et l’environnement général des affaires.

L’électricité apparaît ainsi comme une condition importante de l’activité économique, mais non comme une explication unique de la faiblesse ou du dynamisme de l’entrepreneuriat.
Le paradoxe du potentiel énergétique congolais
La deuxième grande interrogation soulevée par Marie Nyange Ndambo a porté sur la notion de croissance endogène.Pour la professeure, cette approche pouvait permettre au doctorant d’approfondir la réflexion sur la manière dont la RDC pourrait construire une croissance davantage fondée sur ses propres ressources et capacités.
« Pourquoi vous n’avez pas développé ce concept ? Ça vous permettrait de comprendre comment la RDC peut faire pour enclencher une croissance qui dépend des facteurs internes. »
Cette question prend une dimension particulière dans un pays disposant d’un potentiel considérable en matière d’eau, de soleil, de biomasse et de ressources naturelles. Le paradoxe demeure toutefois saisissant : malgré l’importance de ce potentiel, la capacité à produire et à distribuer suffisamment d’énergie reste limitée. La question devient dès lors moins celle de l’existence des ressources que celle de leur transformation en capacités productives.
Comment passer d’un potentiel hydroélectrique ou solaire à une électricité effectivement disponible pour les entreprises ? Comment faire en sorte que cette énergie alimente non seulement les grands projets, mais également les PME, les ateliers, les exploitations agricoles, les services et les initiatives entrepreneuriales locales ?
Ces interrogations renvoient directement aux investissements nécessaires dans les infrastructures, au financement des projets, au transfert de technologies, à la formation des compétences et à la qualité de la gouvernance.
De la ressource disponible à la capacité productive
La problématique soulevée lors de la soutenance met ainsi en évidence une distinction essentielle : posséder des ressources n’est pas la même chose que disposer d’une capacité productive fondée sur ces ressources. La RDC peut disposer d’un important potentiel énergétique sans que celui-ci se traduise automatiquement par une amélioration des conditions de production pour les entreprises. Entre la ressource et la croissance se trouvent plusieurs étapes : la planification, le financement, la construction des infrastructures, le transport et la distribution de l’énergie, l’accès des utilisateurs à cette énergie, mais aussi la capacité des acteurs économiques à l’intégrer dans leurs activités. C’est à ce niveau que la gouvernance des énergies durables prend toute son importance dans le travail présenté par Zabudi Tansel Paulin. Une stratégie énergétique orientée vers la croissance économique ne peut donc pas se limiter à augmenter la quantité d’électricité produite. Elle doit également s’interroger sur la destination de cette énergie, son coût, sa disponibilité, ses bénéficiaires et son impact sur les activités productives.
Le modèle « Z tensiologie » soumis à l’examen du jury
La soutenance a également porté sur la contribution théorique de la thèse. Le candidat propose dans son travail un modèle de croissance baptisé « modèle Z tensiologie ». La professeure Marie Nyange Ndambo lui a demandé d’en expliciter les fondements et d’établir clairement sa différence avec les modèles de croissance déjà développés dans la littérature scientifique.
« Pour finir, vous avez créé votre modèle de croissance que vous avez nommé modèle Z tensiologie. Est-ce qu’on peut comprendre le tenant de ce modèle et en quoi est-ce qu’il est différent des modèles qui existent déjà ? »
La question porte directement sur l’originalité scientifique de la recherche.
Dans une thèse de doctorat, la construction d’un nouveau modèle doit notamment être accompagnée d’une démonstration de sa pertinence, de ses fondements théoriques et de sa valeur ajoutée par rapport aux approches existantes. Dans le cas présent, l’intérêt du modèle réside dans son ambition de mettre en relation plusieurs dimensions : les énergies durables, la gouvernance, l’entrepreneuriat et la croissance économique.
Des enjeux qui dépassent le cadre académique
Au-delà de l’exercice universitaire, les échanges de cette soutenance renvoient à des problématiques concrètes de politique économique et de développement en RDC. Le développement des énergies renouvelables peut contribuer à améliorer l’accès à l’électricité dans des zones insuffisamment desservies, mais son impact économique dépendra également de la capacité du pays à créer autour de ces infrastructures un environnement favorable aux investissements et aux entreprises. Cela implique notamment de faciliter l’accès des PME au financement, de soutenir les investissements verts, d’améliorer l’environnement des affaires, de renforcer les compétences techniques et professionnelles, de stimuler l’innovation et de développer des infrastructures adaptées aux réalités des différentes provinces. L’objectif ne serait donc pas uniquement de produire davantage d’énergie, mais de faire de cette énergie un facteur de transformation économique.
Une croissance à construire à partir des capacités internes
La réflexion autour de la croissance endogène apparaît, dans ce contexte, comme un autre volet important du débat.
Pour un pays comme la RDC, l’enjeu consiste à mieux valoriser ses ressources tout en développant les capacités humaines, technologiques et institutionnelles nécessaires à leur transformation. L’hydroélectricité, le solaire ou encore la biomasse peuvent fournir des sources d’énergie. Mais la création de richesse dépend ensuite de la manière dont ces ressources sont intégrées dans les chaînes de production, dans les entreprises et dans les économies locales. La question de l’énergie rejoint ainsi celle de la souveraineté productive : produire davantage d’électricité peut permettre de créer de nouvelles opportunités, mais encore faut-il disposer d’entrepreneurs, de capitaux, de compétences, de marchés et d’un cadre réglementaire permettant de transformer ces opportunités en activités durables.
De l’énergie aux entreprises, des entreprises à la croissance
La soutenance de Zabudi Tansel Paulin a finalement mis en lumière une chaîne de transformation essentielle pour l’économie congolaise : le potentiel énergétique doit devenir une énergie effectivement disponible ; cette énergie doit soutenir la production ; la production doit favoriser l’entrepreneuriat ; et l’entrepreneuriat doit contribuer à la création de valeur, d’emplois et de croissance. C’est dans cette articulation que se situe l’un des principaux enjeux soulevés par les questions de Marie Nyange Ndambo. L’accès à l’énergie constitue certes une infrastructure fondamentale, mais il ne peut être isolé des autres facteurs qui conditionnent la réussite des entreprises. La formation, le financement, les infrastructures, l’innovation, l’accès aux marchés, la fiscalité, la stabilité du cadre réglementaire et la gouvernance participent également à la construction d’un environnement entrepreneurial. Ainsi, la question énergétique apparaît moins comme une solution unique que comme l’un des piliers d’un écosystème économique plus large.
Une réflexion au croisement de l’université et du développement
En interrogeant le candidat sur les déterminants de l’entrepreneuriat, la croissance endogène et l’originalité de son modèle, Marie Nyange Ndambo a élargi le débat autour de la thèse à une question centrale pour la RDC : comment transformer son immense potentiel en capacités réelles de production et de création de richesse ? La réponse passe par une combinaison de facteurs : énergie durable, infrastructures, investissements, financement, compétences, innovation et gouvernance. La recherche de Zabudi Tansel Paulin s’inscrit ainsi dans un débat qui dépasse les amphithéâtres uUnniversitaires. Elle touche à la capacité de la République démocratique du Congo à transformer ses ressources énergétiques en opportunités économiques concrètes pour les entreprises et les populations.
La soutenance du 16 septembre 2026 à l’UPN aura ainsi permis de poser une question fondamentale : comment faire en sorte que l’énergie disponible ne soit pas seulement une ressource, mais devienne un véritable levier de production, d’entrepreneuriat et de croissance durable en RDC ?
Dalton LUKANDA pour OLYMPUS MEDIAS RDC.
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